En Belgique, le mot "épargne" sonne comme un oxymore. À force de patience, de prudence, de discipline budgétaire, le citoyen remplit les coffres… des banques. Car derrière l'écran de la stabilité financière, derrière des réglementations très strictes en matière de fonds propres, c'est une ponction silencieuse, méthodique, presque cynique, qui s'opère. Les quatre grandes banques du pays — KBC, BNP Paribas Fortis, ING et Belfius — affichent des bénéfices faramineux, plus de 8 milliards d'euros pour 2024, pendant qu'elles rémunèrent l'épargne de leurs clients au lance-pierre. Et d'autant plus après la récente baisse des taux orchestrée par la Banque centrale européenne (BCE).
Alors que le taux moyen de rémunération est inférieur à 1 % dans les banques, l'épargnant belge est traité comme un pigeon tranquille. Et ce, alors même que ces mêmes banques déposent leurs liquidités à 2,25 % auprès de la BCE. Le matelas du petit épargnant est devenu une rente captive, exploitée à outrance. Les banques ne courent plus après l'épargne : elles la capturent par l'habitude, par l'inertie, par la résignation.
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On aurait pu croire, en 2023, que le Bon d'État lancé par l'ancien ministre des Finances Vincent Van Peteghem (CD & V) — 22 milliards captés rapidement — provoquerait un sursaut de concurrence. Las. Le secteur, feignant la panique, dénonçait un déséquilibre du marché… alors que l'opération n'a ni fait vaciller le système, ni ruiné les banques. En revanche, lorsqu'il s'agit de siphonner les bénéfices de Belfius — banque publique rappelons-le — à hauteur de 80 % pour renflouer un État famélique avec un dividende exceptionnel, plus personne ne parle de stabilité ou de risque systémique.
Le comble de l'hypocrisie est là : on brandit les règles européennes quand il s'agit de défendre des taux ridicules, mais seulement quand cela arrange. On sacrifie l'intérêt général sur l'autel de la sacro-sainte "rentabilité". Pourtant, les 300 milliards d'euros qui dorment sur les comptes d'épargne belges pourraient servir autrement : à financer la transition écologique, les infrastructures, ou encore la défense nationale.
Qu'attend-on pour imposer un taux plancher plus juste – le minimum légal est à 0,11 % actuellement ! –, relancer un emprunt populaire, ou stimuler le capital à risque comme le prévoit l'accord gouvernemental ? Les textes existent, ils croupissent au Parlement, pétris de bonnes intentions mort-nées. Et pendant ce temps, les banques prospèrent, tandis que l'épargnant, lui, continue à nourrir la machine… sans jamais goûter au festin.




