D'une certaine manière, la publicité sur un média public, c'est la double peine car si on se base sur le principe du "c'est celui qui paye qui parle", on aura une auto-censure pour ne pas parler des choses qui fâchent les annonceurs ET une auto-censure pour le pas fâcher ce qui dérange l'état.
Sans oublier le cas vicieux d'un groupe public qui utilise certaines chaînes comme machine à cash et d'autres chaînes du groupe sont sans pubs. Ces chaînes faisant toutes parties du même groupe, même la chaîne "sans pub" est sous la menace des annonceurs en suspendant une campagne de pub sur la chaîne machine à cash en représailles de propos tenus sur la chaîne sans pub.
Donc avoir une chaîne alibi sans pub dans un groupe public ne garantit même pas pour l'info d'être protégé de la pression des annonceurs. Le seul point positif de ce système d'un service public avec publicité mais avec une chaîne sans pub, c'est qu'il permet tout de même de proposer des types programmes qui ne sont pas soumis à la pression de l'audience (principalement programmes culturels, cinéma d'auteur, programmes de niches, etc...) indirectement financé par l'argent généré par la pub des chaînes plus "commerciales" du groupe.
Mais pour l'indépendance de l'info, ce système mixte, c'est pire que tout.
L'avantage d'un système audiovisuel avec du public et du privé aux modes de fonctionnement bien séparés, c'est que chacun n'est susceptible d'être victime que d'une seule sorte d'auto-censure. (à condition que le secteur privé soit également puissant)
Ça, c'est pour la théorie. Dans la pratique, il y a quelques cas intéressants à relever comme celui de la RTS en Suisse. Certes, il y a de la publicité, mais les chaînes privées suisses sont quasi inexistantes, ce que fait que la RTS se permet de froisser ses annonceurs : un annonceur est mécontent de la RTS et retire sa campagne ? Peu importe, il va revenir dans 3 mois car s'il veut communiquer sur un média télé puissant en Suisse, il n'a pas d'alternative.
Paradoxalement, là où la publicité est la moins nocive sur une chaîne publique, c'est dans un marché où il n'y a pas de chaînes privées...
Pour le cas de la Belgique, aujourd'hui la RTBF propose des programmes de chaînes privées d'une très bonne facture... Mais pas de bol, c'est un groupe public...
Quant à RTL... Ils sont au niveau d'une... Heu ? Joker ...
Plus sérieusement, dans le cas de la Belgique francophone, on cumule le pire des 2 systèmes. La RTBF est en quasi monopole pour l'info (car l'info chez RTL est au service minimum) mais n'est pas en situation de monopole pour la publicité télévisée (comme le cas suisse). Du coup, si les annonceurs ne sont pas contents, ils peuvent aller voir ailleurs chez RTL qui pèse encore très lourd sur le marché. Du coup, la RTBF n'est pas dans la situation confortable de la RTS qui peut prendre l'argent des annonceurs sans que les annonceurs puissent aller ailleurs s'ils ne sont pas contents. Mais de son coté, l'offre privée est telle que le secteur privé ne joue pas son rôle dans le domaine de l'information en matière d’alternative au privé.
On a donc tous les inconvénients de la présence de la publicité sur des médias publics dans un paysage audiovisuel ouvert au privé, sans en avoir les avantages.
C'est ballot.
