@solar, ne soupire pas trop !
S'informer sur 21News en Belgique, est-ce comme s'informer sur CNews ou Valeurs Actuelles en France ?
Léa Delaplace (la Libre)
21News doit-il se consommer comme le bras médiatique de partis politiques classés à droite ? C'est une des grandes questions qui se posent depuis la création du média en octobre 2024 par un conseiller communal de Woluwe-Saint-Pierre, étiqueté au Mouvement réformateur, Etienne Dujardin, et Pierre Rion, le président du conseil d'administration de Wallonie Entreprendre. S'il n'est pas clairement du parti, Georges-Louis Bouchez n'hésite toutefois pas à l'appeler simplement "Pierre" dans la presse.
Depuis un an, le pure-player ne défend pas une ligne éditoriale à droite de l'échiquier politique, mais écrit et revendique être "indépendant et une alternative dans le paysage médiatique belge en pleine mutation et chamboulée par la fusion de différents acteurs du marché" – dont prochainement IPM et Rossel. Il dit "amener plus de pluralisme dans la presse francophone", et bientôt, presse néerlandophone, le média annonçant pour cette rentrée "devenir un média bilingue de référence".
"Le podcast se veut de droite libérale"
En octobre dernier, le fondateur promettait "des intervenants et chroniqueurs de droite et de gauche pour ne pas cadenasser le débat" tout en indiquant être "plus un média de centre-droit qu'un média de type France Inter ou Libération". Plutôt un "Figaro-Le Point" qui, depuis, pourraient davantage s'apparenter, selon certaines sensibilités, à un CNews-Valeurs Actuelles. Qui plus est, les auteurs des cartes blanches sont pour beaucoup issus du Mouvement réformateur, ou en sont de proches partisans.
Louis Sarkozy ne fait pas exception. Collaborateur pour 21News, le fils de l'ancien président français est également depuis quelques jours administrateur du média. Et ne cache pas sa volonté de proposer du contenu "de droite libérale" à travers son podcast "En toute liberté", diffusé également sur Europe 1, propriété du milliardaire français Vincent Bolloré. De fait, il a interrogé dans son émission le président argentin proche de Donald Trump, Georges-Louis Bouchez, l'eurodéputé français et vice-président des Républicains, François-Xavier Bellamy et Alain Minc, ancien proche conseiller…. de Nicolas Sarkozy. Aucune personnalité de gauche n'a encore été invitée et rien ne permet d'affirmer que ce sera le cas, Louis Sarkozy – qui n'a pas de formation journalistique – affirmant ne pas "vouloir piéger ses invités mais les voir repartir ravis", quitte à couper au montage des passages qui ne conviendraient plus.
Des journalistes encore anonymes
Les journalistes, vendus pour être une quinzaine mais dont seuls cinq sont connus, écrivent sur le même ton que le fils du président. Certains collaborent parallèlement avec des titres placés à l'extrême-droite comme Causeur.
Quant aux anonymes, ils se cachent sous le terme "La Rédaction" ou "Collaborateur externe", voire sous des initiales. Peut-être parce que titres, contenus et interlocuteurs politiques s'inscrivent, là-encore, dans une ligne plutôt droite réactionnaire, bien que promue "bienveillante". Preuve en est de nombreux titres réduits à des citations sur les grandes thématiques - sécurité, identité nationale et religion - comme Denis Ducarme (MR) qui plaide pour l'interdiction des "signes convictionnels chez les échevins et bourgmestres", la députée européenne Assita Kanko (N-VA) qui indique que "le port du voile, c'est la soumission, le voile, un instrument de l'entrisme islamique" ou le chercheur Éric Muraille qui parle de "radicalisation au sein des universités qui relèvent de la sécurité nationale".
L'agrandissement récent du conseil d'administration, et le million d'euros apporté par une levée de fonds l'entérine sans doute. Étienne Bertier, discret conseiller du milliardaire et magnat Daniel Kretinsky – groupe TF1, Le Monde, Franc Tireur etc. -, aussi proche du milliardaire catholique Pierre-Édouard Stérin ; Damien Hammouchi et Lodoïs Moreau, cadres chez Canal + et Lagardère ; et Bart Deconinck, homme d'affaires flamand, n'apportent en rien un contrepoids de gauche ou du centre au média.
21News ne donne ainsi ni la priorité à la parité, ni à la mixité idéologique et sociale dans sa rédaction, comme dans son conseil d'administration. Et ce, malgré une "indépendance" revendiquée, qu'il est difficile de constater tant les liens avec la sphère politique et économique sont présents.